Artaix - l'origine de St Loup


Prés du port d’Artaix sur la Loire, précisément au lieu dit  St Loup 

Les Gaulois avaient fondé en ce lieu un sanctuaire dédié à (Lug)


Ce dieu LUG (nommé le Voyant) n’a rien pour nous étonner car son nom est apparenté à un adjectif gaulois leuk qui signifie brillant

C’est donc Lug qui était, selon toute vraisemblance, la divinité tutélaire de la Fontaine.


Mario Rossi, professeur émérite au Laboratoire CNRS Parole et Langage de l'Université de Provence.

document tiré de "Les noms des lieux du Brionnais-Charolais" témoins de l'histoire du peuplement et du paysage.

On peut alors penser que ce saint a remplacé un plus ancien dieu médecin de l'époque gauloise ou gallo-romaine. 

Artaix était un lieu de purification au confluent de deux rivières, l'Arçon et la Loire. Chaque fois que l'on met au jour un sanctuaire dans un confluent, celui-ci est dédié à un dieu guérisseur. 

« On pensait que deux eaux courantes qui se joignent ajoutent leurs vertus salvatrices» (E.Thévenot 1968, p.210).

Or il se trouve que Lug, dans la tradition celtique, est nommé le Voyant et Lug-Mercure, dans la statuaire gallo-romaine, est souvent représenté avec de grands yeux, par exemple sur une statuette découverte à Château-bleau (S. et M.) sur laquelle on peut lire « Au dieu Mercure aux grands yeux» (B. Sergent, p.61-62). 

Artaix - St Loup - L'ancien Château de Narbot 

(Narboz, Narbox, Narbau, Narbeau), d'une ancienne chapelle, d'un couvent de sœurs 

Artaix, il existe un lieu-dit, Saint-Loup, très précisément sur les rives de la Loire, a cet emplacement il y avait un ancien Château, une ancienne chapelle, un couvent de sœurs encore visible au XIXe siècle. Fig;(1)

1681• Visite pastorale par l'archiprêtre. La chapelle est à un quart de lieu de l'église du Bourg.

Plan de l'époque du site

Attention : le chateau et le couvents n'existent plus. Interdiction de rentrer dans la propriétés PRIVEE

Toutefois la ressemblance entre la tête du modillon et celle du Mars guérisseur (Fig.31) ne prouve pas qu'il s'agit d'une représentation du même dieu, elle montre simplement que la tête du modillon est de facture gauloise qu'elle est peut-être l'image d'une divinité. 

On remarquera que la tête du modillon a de grands yeux comme le Lug-Mercure dont nous avons parlé sujet de Saint-Loup à Artaix, est-il alors une représentation de Lug, le voyant, dieu guérisseur des affections de la vue, comme à la fontaine Saint Loup. 

Nous aurions peut-être, avec ce modillon, une image de ce que pourrait être  la statue de cette divinité à  Artaix.

LA CHAPELLE SAINT-LOUP d'Artaix


1. Localisation de l'édifice

La chapelle Saint-Loup n'existe plus. Elle se trouvait très probablement au hameau de Saint-Loup situé sur la rive de la Loire, au nord du bourg d'Artaix.


II. Historique des recherches

Il n'existe pas d'écrits récents sur la chapelle. Seuls les érudits du XVIII siècle en parlent: << L'autre partie de la paroisse [Artaix en royauté) est dans la prévôté de Narbeau, avec la forêt du même nom, et la chapelle de St-Loup qui était celle d'un château dont il y a sur le lieu même quelques anciennes marques. Il se fait un grand concours de peuple à cette chapelle tous les ans sur la fin de juillet, elle est servie par les bénédictins de Marcigny qui en perçoivent les oblations. La prieure en a la collation. Tout ce canton fut donné au monastère par une dame appelée Béatrix, veuve du seigneur de Narbeau » 163. L'abbé Courtépée reprend les écrits de Louis Potignon de Montmegin: <<Chapelle rurale de St-Loup, du patronage de la prieure de Marcigny, au bas de laquelle coule la Loire. 

Cette chapelle sur le coteau était celle d'un ancien château voisin détruit 164


III. Les sources

1520• Le sergent royal Jean Morier règle un conflit opposant les moines de Marcigny à « Claude [Lamelo], Pierre Dru, Claude Menard et consorts >>> au sujet de la possession de terres et de bois au lieu-dit Narbot. 

Les parties doivent se présenter au sergent « pardevant la porte de laditte église et chapelle Sainct-Loup, assise audict lieu de Narbot ».

• Source: ADSL - H * 1646 / 1


1522• Document consacré à la chapelle Saint-Loup, mais dont la transcription est difficile.

• Source: ADSL - H * 1646 / 2


1675• Visite pastorale par l'archiprêtre. La chapelle << est assez bien pavée, vitrée et murée mais au reste fort négligée ».

163 Les Notes pour l'histoire des paroisses du Brionnais par F. Verchère de Reffye et L. Potignon de Montmegin sont conservées à la Société éduenne:

COURTEREE BEGUILET 1967 13 0 93-94 45G


• Remarque la cote ADSL - 58 contient peu d'archives relatives à la construction, mais plutôt des documents faisant état de travaux ayant eu lieu quelques années après pour parfaire le nouvel édifice.

1681• Visite pastorale par l'archiprêtre. La chapelle est à un quart de lieu de l'église. Elle est en très mauvais état. Elle menace rulné.

• Source: ADSL - G * 939 / 2 f^ * 11


1689 Visite pastorale: «La chapelle rurale doit être interdite car il n'y a ni marbre ni d'ailleurs joli ornement >».

Source: ADSL - G * 0.939 / s


1689-1691• Visite pastorale. Même constat, mais l'église est toujours utilisée.

Source: ADSL-G 939 


1693• Mémoire donné par le curé: « Il y a 2 chapelles, qui dépendent du prieuré de Marcigny, au long de la rivière de Loire, qui ont les ornements nécessaires pour célébrer le saint sacrifice de la messe. Les passants et ceux qui descendent sur la rivière de Loire y célèbrent la messe sans permission attendu qu'ils ont les clefs >>.

Source: ADSL - G * 940 / s


XVIII• Sur une carte d'un atlas de Chambilly et Narboz, la chapelle Saint-Loup est mentionnée (fig. 5).

• Source: ADSL - H * 1674 , carte 24: Atlas des possessions du prieuré de Marcigny.


1757• Réponse donnée par le curé lors de l'enquête lancée pour établir la carte de Cassini: La chapelle St Loup située dans le hameau du port d'Artais: c'est le bâtiment le plus proche de la paroisse de Chambilly au nord ».

• Source: DESSERTENNE, GEOFFRAY (éd.), 2010.

20 septembre 1791 - La chapelle de Narbot fut fermée  par ordre du district. (sous la Révolution) et peut être détruite.


IV. Le bâtiment

Nous n'avons aucune donnée concernant l'architecture de la chapelle.


Nota : (Jp Capelle) L'Eglise 1 était-elle implantée à St Loup, prés du Château de Narbot? 

Le rendez vous était devant l'église et la chapelle de St Loup.


1520• Le sergent royal Jean Morier règle un conflit opposant les moines de Marcigny à « Claude [Lamelo], Pierre Dru, Claude Menard et consorts >>> au sujet de la possession de terres et de bois au lieu-dit Narbot. 

Les parties doivent se présenter au sergent « pardevant la porte de laditte église et chapelle Saint-Loup, assise audict lieu de Narbot ».• Source: ADSL - H * 1646 / 1


V. Synthèse

La chapelle Saint-Loup apparaît dans les sources à partir du XVIe siècle

On ignore si elle existait déjà à l'époque romane, c'est pourquoi nous l'avons écartée du corpus. 

Elle n'est signalée ici qu'à titre informatif, 

et au cas où des recherches ultérieures viendraient attester son existence dès les XIe et XIIe siècles.

Fig5 - Carte de Chambilly - St LOUP

Château, couvent sœurs, Chapelle et fontaine

Plan cadastral de St LOUP

Terrain Privé - interdit les visites

Données venant du livre : Persécution religieuse en Saône et Loire Volume3

le service de la paroisse moyennant une bien faible rétribution. Un autre allait à la chapelle de Saint-Loup d'Artaix. 

Cette chapelle, nous l'avons dit, fut fermée le 20 septembre 1791 par ordre du district. 

L'histoire de ces religieux ne nous est guère connue.

Page 438 et 439

" Madame, plusieurs particuliers ont porté des plaintes au directoire du district, fondées sur ce que le sieur Godin, ci-devant curé d'Artaix, qui réside chez vous, dit les gens de votre maison. Votre contravention nous met trait dans le cas de prendre des mesures à cet égard et de demander que votre chapelle soit fermée, peut-être même démolie."

St Loup, lire la suite >

Dans la tradition gallo-romaine, la compétence de Mercure, donc de Lug, pour la médecine oculaire est bien attestée. Lug, maître de tous les arts, est un dieu polyvalent. Qu'il soit nommé le Voyant n'a rien pour nous étonner, car son nom est apparenté à un adjectif gaulois leuk qui signifie brillant. Et c'est pour cette raison qu'il a été assimilé également au dieu Apollon, le Lumineux, dont un auteur ancien, cité par B.Sergent, dit: << Apollon créa le premier art de la médecine oculaire ». 

C'est à peu de chose près ce qu'écrit César « Ils (les Gaulois) se font de ces dieux à peu près la même idée que les autres peuples: Apollon guérit les maladies. »

Aussi les Gaulois assimilaient-ils Apollon, le Lumineux, à leur dieu Belenos, le Brillant, Belenos qui, selon B.Sergent, ne serait qu'un avatar de Lug. Nous avons déjà rencontré Belenos sur la Belaine à propos de la fondation de Briant. Donc Lug, le Voyant, dieu guérisseur et divinité des sources parce que guérisseur. 

Mais Saint-Loup, e nom Lug et le mot gaulois luko, le loup, sont phonétiquement très proches. Il y eut, semble-t-il, confusion entre ces deux termes, confusion volontaire ou due peut-être à une étymologie populaire, renforcée par le fait qu'on a cru que le nom du loup, ainsi que celui de Lug, dérivaient du même adjectif gaulois leuk qui signifie brillant. Ainsi cette confusion rapprochait un peu plus Lug du dieu Apollon, le Lumineux, reconnu par les Grecs comme «Le maître des loups . 

Cette interprétation Lug-Loup se maintiendra et permettra quelques siècles plus tard, aux VII et VIII siècles, une christianisation de cette source d'Artaix sous le nom de Saint Loup; selon B.Sergent (p. 162), ce Saint-Loup n'est d'ailleurs pas le seul qui ait remplacé sur le territoire de la Gaule le dieu Lug-Loup.

Pour conjurer l'influence néfaste de l'idole, Saint-Loup avait, pour les gens de l'époque, l'avantage d'avoir le même nom et un nom qui laissait espérer des yeux de lynx aux enfants malades: un échange donc aisé, pacifique et profitable qui n'empêchait pas, dans les faits, les paysans du coin de continuer leurs pratiques païennes anciennes, puisque le nom de leur idole n'avait pas changé... ou si peu  

La continuation des coutumes païennes en effet après la christianisation est chose courante et les fontaines guérisseuses sont encore nombreuses aujourd'hui en Brionnais.

Il existe bien d'autres exemples de christianisation de ce genre

version Mont Rigault >

Donc Lug, le Voyant, dieu guérisseur et divinité des sources parce que guérisseur. Mais Saint Loup ? Le nom Lug et le mot gaulois luko, le loup, sont phonétiquement très proches ; leur prononciation, dès le Haut Moyen Age, était dans les deux cas : Leu. Il y eut confusion entre ces deux termes, confusion renforcée par le fait qu’on a cru que le nom du loup, comme celui de Lug, avaient la même origine. Au même titre que Lug, le loup pouvait être considéré comme le Voyant. Ne dit-on pas que le loup, à l’instar du lynx, a une vue perçante ?

Ainsi cette confusion rapprochait Lug de l’Apollon Lumineux, reconnu par les Grecs comme « le maître des loups ».

Cette interprétation Lug-Loup se maintiendra et permettra quelques siècles plus tard, au VII° ou au VIII° siècle, une christianisation de cette source d’Artaix sous le nom de Saint Leu (1), archevêque de Sens (573-623) aujourd’hui connu sous le nom de Saint Loup.

Au Musée de la Tour à Marcigny, on peut voir uns statue de Saint Loup qui porte la mention Saint Loup à l’avers et Lug au revers.

Pour conjurer l’influence néfaste de l’idole, Saint Loup avait, pour les clercs de l’époque, l’avantage d’avoir le même nom et un nom qui laissait espérer des yeux de lynx aux enfants malades.

Mais il y a mieux : parmi ses nombreux miracles, on raconte que le prince Boson se convertit après avoir vu Saint Leu rendre la vue à un aveugle, et après la mort de Saint Leu, une femme aveugle depuis 30 ans recouvra la vue au toucher des reliques du saint (3) !

La christianisation de l’idole Leu en Saint Leu aboutissait ainsi à un échange significatif et donc aisé, pacifique et profitable, échange qui n’empêchait pas, dans les faits, les paysans du coin de continuer leurs pratiques païennes anciennes, puisque le nom de leur idole n’avait pas changé...ou si peu !!!

La continuation des coutumes païennes en effet après la christianisation est chose courante et les fontaines guérisseuses sont encore nombreuses aujourd’hui.


On rencontre ce dieu gaulois Lug ailleurs en Brionnais. On a découvert à Saint-Maurice-lès-Châteauneuf, sur le domaine de La Tour (4), une statue (Fig. 2) 

et les grands celtisants dont nous avons parlé plus haut ont identifié en cette statue la représentation du dieu Lug (Rossi, 2009, pp. 93-95).

Fig. 4 - Axe sud-est de l’orientation du sanctuaire du dieu Lug à Saint-Maurice.

En pointillés les restes d'une voie antique.

Mais il y a mieux. Pourquoi cette ligne vise-t-elle également Chauffailles ?                                                         

Existe-t-il une raison à cela ? Voici ce que nous dit l’abbé Comby, selon des notes de l’abbé Louis Chatelet, recueillies en 1942, au sujet du Mont Saint-Rigaud : « Le sommet du Saint Rigaud fut, au temps des Celtes, un des principaux lieux de culte. Tous les ans, il s’y tenait, en été, une grande réunion politique et religieuse. On y venait de grand matin du Beaujolais et du Charolais, on y apportait des offrandes aux dieux, on y exécutait des danses religieuses. Le soir, il y avait réunion et grand conseil entre les chefs de tribus pour discuter des intérêts de la tribu, de la paix ou de la guerre.» (5). Autrement dit le Saint Rigaud, comme Meulin, Milan, etc. était un sanctuaire du Milieu où se réunissaient une fois l’an les tribus des environs.

On y célébrait un culte et, comme à Artaix, il y a là une fontaine guérisseuse dont l’eau possède une « vertu secrète et indéfinie » (Comby, p. 170) !

Ce sanctuaire, comme le prouve l’orientation du temple de St Maurice, devait être consacré lui aussi à Lug-Mercure, Lug guérisseur, tutélaire de la source. Cette orientation du sanctuaire de Saint Maurice vers le sanctuaire du Milieu au Mont d’Ajoux semble montrer en effet qu’il existait un lien étroit entre ces deux pôles, un lien religieux ; il n’est donc pas interdit de penser que le culte à Lug-Mercure au sanctuaire du Milieu du Mont d’Ajoux est antérieur à celui rendu à la source d’Artaix.

On peut alors se poser la question de savoir si on prêtait à la divinité du Mont d’Ajoux le même pouvoir qu’à Lug, le Voyant, à Artaix ?

Il ne semble pas. Comme on l’a vu, Lug, à l’instar de Mercure, était un dieu polyvalent aux multiples pouvoirs ; c’est ce dieu polyvalent qui devait présider à la source dont l’eau avait « une vertu secrète et indéfinie ». Ce sanctuaire a été par la suite romanisé : on peut penser que les Gallo-romains responsables de ce renouveau du culte insistèrent sur le culte à Mercure. On sait en effet que les Arvernes, non loin d’ici, avaient fait construire un Mercure géant au sommet du Puy de Dôme : un Mercure, surnommé roi des Arvernes.

Nous sommes, avec Artaix, La Tour et Saint Rigaud en présence de lieux de culte au grand dieu Lug-Mercure, lieux de culte qui perpétuent la mémoire des mythes celtiques.

Ces sanctuaires, par voie de terre ou par voie fluviale, devaient être en contact permanent à cette époque. La présence de ces lieux de culte est un témoin précieux de la vitalité des échanges culturels et commerciaux entre les Arvernes, les Ségusiaves et les Éduens et sans doute entre Lugdunum, le Mont d’Ajoux, sur la voie de Lugdunum, et les Briennenses.

Ici aussi, comme à Artaix, lors d’une première tentative de christianisation, le Leu gaulois devint Saint Leu, c’est-à-dire Saint Loup !!! Et c’est ce Leu ou Saint Leu que les foules continuaient à vénérer dans le sanctuaire gallo-romain, près de la fontaine guérisseuse, et dont on retrouve le nom beaucoup plus tard, dans Saint Loup d’Aujoux, ou Saint Loup d’Ajoux…sans savoir d’où il venait (Comby, pp. 85, 169) !!! La première christianisation de ce sanctuaire dédié à Lug-Leu dut avoir eu lieu après la mort de Saint Loup, c’est-à-dire entre les années 650 et 700 (voir note 1).

Comme on l’a vu pour Artaix, cette christianisation n’empêchait nullement les paysans de continuer à vénérer leur divinité tutélaire Lug-Mercure : Saint Leu n’était qu’un masque, mais un masque tout à fait adapté à Lug-Mercure. Saint Leu en effet, comme il est écrit dans le Légende dorée, brilla par ses nombreux miracles, en voici un aperçu que l’on peut lire dans la Vie des saints des Bollandistes :

« Et il se fit beaucoup de miracles à son tombeau, une femme aveugle depuis 30 ans y recevra la vue ; une autre femme paralytique y fut guérie ; un prêtre, qui s’était brisé le corps…fut rétabli en parfaite santé. Il est invoqué principalement pour la guérison du mal caduc… et pour le soulagement des entrailles que (sic) souffrent les enfants. » (6).